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Regard plus loin·Équipe Coop SBDL

Quand la coop devient le lieu où l’on se croise encore.

À Saint-Joachim-de-Shefford, une coop n’a pas seulement sauvé un commerce : elle a gardé vivants les contacts entre voisins. Une leçon qui résonne ici.

La coop Au cœur du village à Saint-Joachim-de-Shefford — un lieu de rencontre du quotidien.
Photo : Denis Germain, collaboration spéciale / La Pressevoir l’article original · La Presse

Lundi matin, en Estrie. Des bénévoles portent des boîtes. Des habitués s’arrêtent pour un café, du lait, un échange rapide. Ce n’est pas seulement un commerce. C’est un endroit où l’on se voit encore.

À Saint-Joachim-de-Shefford, la coopérative Au cœur du village est née il y a une vingtaine d’années pour éviter la disparition du dépanneur. Depuis, elle est devenue bien plus que ça : épicerie, station-service, comptoir postal, restaurant, marché aux puces, friperie. Un toit commun pour des besoins du quotidien — et pour les rencontres qui vont avec.

Pierre Raymond, président du conseil d’administration, le dit sans détour : les villages s’essoufflent quand leurs commerces de proximité ferment. Pas seulement parce qu’on perd un rayon de lait. Parce qu’on perd un lieu où croiser du monde.

La coop compte plus de 300 membres, quelques salariés, et une cinquantaine de bénévoles qui donnent, chaque semaine, des dizaines d’heures. Certains peignent. D’autres trient les dons. D’autres encore vont chercher des produits pour garder des prix accessibles. En saison, les fruits et légumes viennent souvent des producteurs d’à côté.

Dans une municipalité d’environ 1500 habitants, ce n’est pas un « plus ». C’est perçu comme essentiel. La Ville soutient financièrement la coop. Le maire aurait même assuré qu’elle ne fermerait jamais. Selon la municipalité, perdre ce commerce ferait chuter la valeur des maisons. Un commerce de proximité, c’est aussi une raison de rester — et de croire que le village tient.

Le chemin n’a pas été sans chute. En 2015, le restaurant a creusé un déficit énorme. L’hypothèque pesait lourd. Ils ont failli tout perdre. La leçon a été claire : gérer un restaurant, c’est un métier. Aujourd’hui, il est loué. La municipalité a cautionné le prêt. La survie du modèle repose encore beaucoup sur le bénévolat — et sur la capacité de le renouveler année après année.

Pour le chercheur Dan Furukawa Marques, de l’Université Laval, cette histoire s’inscrit dans une longue tradition québécoise d’économie sociale — celle qui remonte à Desjardins, aux coopératives d’alimentation en région, et qui revient sous de nouvelles formes. Dans un marché alimentaire dominé par quelques grandes chaînes, les coops peuvent offrir une réponse dans les villages et les déserts alimentaires. À condition d’être mieux soutenues.

Ce qui frappe le plus, peut-être, c’est cette phrase de Pierre Raymond : la coop n’a pas rendu les gens plus proches. Elle a maintenu les contacts entre eux. Dans une société où l’on se croise moins, ce n’est pas rien. C’est même, parfois, tout.

À Sainte-Brigitte-de-Laval, on n’est pas Saint-Joachim-de-Shefford. On a déjà des commerces, des organismes, des gens qui s’impliquent. Coop SBDL ne prétend pas inventer un village. Elle veut ouvrir un espace où les besoins d’ici — mobilité, partage, entraide, économie locale — peuvent être portés à plusieurs, sans que tout repose sur une seule paire d’épaules.

Ailleurs, une coop est devenue le cœur d’un village en devenant le lieu où l’on se croise encore. Ici, la prochaine histoire pourrait commencer de la même façon : par un besoin nommé, des liens créés, et des gens qui décident de ne plus porter ça seuls.