Sans dépanneur ni pompe, un village se vide autrement.
En Abitibi, des coops et des commerçants modernisent essence, épicerie et kiosques grâce à une aide de Québec. Ce qu’ils sauvent, ce n’est pas seulement un rayon.

À Roquemaure, en quelques minutes, le décor se répète. Une dame passe pour du matériel d’activité scolaire. Un couple prend des provisions. Quelqu’un s’arrête pour un café. La Coopérative de solidarité Dépanneur n’est pas seulement un comptoir : c’est le cœur économique et social du village. Station-service, dépanneur, quincaillerie, SAQ, petit café, bureau de poste. Le point de rencontre. Et elle entend bien le rester.
Née il y a un peu plus de dix ans pour reprendre le dépanneur, la coop grandit. « Au début, c’était vraiment un service de dépanneur. Mais là, on veut se diriger vers une épicerie de quartier, qui encourage aussi les producteurs locaux », explique l’administratrice Karine Péladeau.
Une première aide de 112 500 $ du volet Commerces de proximité du Fonds régions et ruralité change la suite. On veut reconstruire à neuf — réservoirs, pompes à essence, équipements qui vieillissent. Congélateurs, cuisinières. Des outils qui serviront aussi au projet plus large. Les travaux d’essence sont prévus pour l’été.
Ici, le commerce n’est pas « en trop ». C’est souvent la seule place dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres. L’épicerie plus complète, c’est Palmarolle ou La Sarre. Commander une pizza qui arrive chez soi? Pas vraiment. Alors on essaie d’avoir un peu de tout. On sert le village, Gallichan à côté, le camping l’été, la piste de motoneige l’hiver.
Deux jours par semaine, il y a cuisine. On peut manger, socialiser au coin café. Briser l’isolement. Depuis deux ans, les productions locales ont une vraie place : champignons de Gallichan, bœuf d’à côté, viandes du coin. « C’est une coopérative et les gens ont un sentiment d’appartenance. Ce sont vraiment les gens de la communauté qui permettent à la coopérative de continuer », résume Karine Péladeau.
À dix kilomètres, la Coop La Hutte — ferme maraîchère — reçoit 84 150 $ pour un kiosque libre-service. Plus de vendeur permanent : prix affichés, mode d’emploi, paiement à la carte. Ouverts beaucoup plus souvent. Moins de salaire à porter. Plus de légumes qui trouvent preneur. Des serres, des tomates, peut-être de la fraise comme produit d’appel.
À Poularies, Tony Mercier modernise la seule station-service du coin — un garage familial depuis 1958. Ses installations avaient trente ans. La subvention de 150 000 $ a été « la bougie d’allumage », la tape dans le dos pour ne pas attendre encore trois ou quatre ans. Il le dit sans détour : sans station-service, sans dépanneur, t’as rien. Le village se voit mourir. Il est attaché à sa paroisse. Il voulait garder le service.
Le programme de Québec vise exactement ça : l’accès à l’alimentation, au carburant, aux biens du quotidien dans les petites municipalités. Des montants qui, pour un commerce fragile, font la différence entre moderniser maintenant — ou reporter, jusqu’à ce que ce soit trop tard.
À Sainte-Brigitte-de-Laval, on n’est pas Roquemaure ni Poularies. On a déjà des commerces, des services, des gens qui s’arrêtent. Ce que ces histoires rappellent, c’est la valeur de ce qui paraît ordinaire : une pompe, un lait, un café où l’on croise quelqu’un. Quand ça tient, le village respire. Quand ça part, les kilomètres s’allongent — et les liens aussi.
Coop SBDL n’existe pas pour remplacer ce qui marche. Elle existe pour que les besoins d’ici — mobilité, partage, entraide, économie locale — puissent être nommés et portés à plusieurs avant que le vide s’installe. Ailleurs, une aide et une coop ont permis de garder le cœur du village allumé. Ici, la prochaine histoire pourrait aussi parler d’un service qu’on refuse de laisser s’éteindre.